Monsieur le Premier ministre, Tombouctou n’est pas le petit mur… par Baba Ahmed

Le 26 août dernier, des journalistes rapportent que le Premier ministre Boubou Cissé, devant un groupe de jeunes qui militent pour la restauration de la route Bamako – Kayes, a déclaré à la Primature ceci : « nous avons demandé à l’entreprise (SATOM, ndlr) qui était sur la route Léré – Tombouctou de plier bagages pour venir s’occuper de la route Kati – Didiéni ». L’information a fait un effet de bombe dans la région de Tombouctou. Pour s’excuser au lendemain de ces déclarations, Boubou Cissé a discrètement rendu visite à notables avant de recevoir une association des jeunes de la région de Tombouctou. Boubou Cissé a même fait une sortie dans la presse pour démentir cette déclaration tenue aux jeunes de Kati. « Nous n’avons jamais tenu de tels propos », affirme le premier ministre malien dans les colonnes du journal 22 septembre du 29 août dernier et dont le propriétaire, Chahana Takiou est lui-même de la région de Tombouctou.

Cela suffi pour calmer les populations de Tombouctou ? Non, car pour une partie de la population malienne, c’est du mépris. Pour Tombouctou, c’est la déclaration de trop et une « preuve » que le gouvernement du Mali n’accorde pas beaucoup d’importance aux régions du Nord du pays.

Le 2 septembre dernier, la même société Satom qui s’occupe de la route Léré-Tombouctou a démarré les travaux de la route Kayes-Didiéni. Sur les réseaux sociaux, les jeunes de Kati postent fièrement leurs photos avec les engins des travaux de la route. À Tombouctou, la réaction de la jeunesse de Tombouctou a été spontanée. Manifestations, routes barricadés, pneus brûlés…

Pourtant la région de Tombouctou ne mérite pas cela. Si aujourd’hui les Maliens se tapent la poitrine et disent « nous fûmes », c’est parce qu’au 15ème siècle, quand certains étaient encore au Moyen Âge, à Tombouctou l’université Sankoré accueillait des centaines d’étudiants qui venaient d’Afrique et d’Orient. Les 40 000 manuscrits que compte l’Institut Ahmed Baba en sont la preuve. Jadis carrefour des routes transsahariennes et ville où se croisaient commerçants d’Afrique Subsaharienne et d’Afrique du Nord, Monsieur le Premier ministre, Tombouctou n’est pas le petit mur…

Cette région a donné au Mali son premier Président de l’Assemblée nationale. Cette région a donné au Mali un rayonnement mondial, sans rien demander en retour. Les grands hommes de cette région ont toujours compris Bamako et ont toujours accepté avec philosophie ses décisions. Ce fut le cas quand Alpha Oumar Konaré a décidé de ne pas y organiser la Coupe d’Afrique des Nations, en 2002, et lorsque le gouvernement du Mali a préféré construire le lycée régional, qui était initialement destiné à Tombouctou, à Mopti, que le ministre de l’Éducation de l’époque, Moustaph Dicko, avait choisi. Monsieur le Premier ministre, Tombouctou a pris avec philosophie le fait que le financement du « Village Hégire », qui devait être un haut lieu de savoir destiné à accueillir les étudiants de toute l’Afrique de l’Ouest, ait été utilisé par Bamako pour créer un simple institut de formation de maitres. Des exemples de ce genre, nous pouvons en citer beaucoup, mais il ne sert à rien de remuer le couteau dans la plaie. Mais Tombouctou n’est pas le petit mur…

En 2012, quand l’administration malienne a abandonné la région suite à l’invasion djihadiste, Abou Zeid et Yahya Aboul Hammam, les chefs djihadistes qui occupaient la ville, ont voulu interdire la célébration de la fête du Maouloud. Les Ulémas de Tombouctou les ont convaincus, sur la base de leur connaissance de la religion musulmane, qu’il n’y avait aucune raison valable d’interdire de fêter l’anniversaire de la naissance du Prophète (PSL).

Monsieur le Premier ministre, Tombouctou n’est pas le petit mur et sa population attend depuis 2017 la reprise des travaux de la route Leré – Tombouctou pour alléger ses souffrances. Le Gouverneur de la région, Koina Ag Ahmadou, et le Président du Conseil régional ont affirmé récemment que les travaux étaient sur le point de redémarrer. Pour éviter la colère de la population de toute la région, il serait préférable de le faire rapidement. Monsieur le Premier ministre, les populations de cette région ne sont pas des citoyens maliens de seconde zone et Tombouctou n’est pas le petit mur…   

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