Mopti: Des villageois de Boulikéssi suspectés de tuer 2 gendarmes et leur guide

Des éleveurs peuls du Gourma, au sud de Gao, Mali. ©DR

Le 28 mars dernier à Boulikéssi, près de la frontière du Burkina Faso. Il est huit heures, la nuit vient de tomber sur Boulikéssi. Au cœur du village, devant le poste de la gendarmerie, trois gendarmes assis sur des chaises et discutaient tranquillement, soudain, deux hommes sur une moto s’approchaient d’eux avant de se garer. Il fait sombre, on aperçoit à peine leurs silhouettes. Les gendarmes ne doutaient de rien et continuaient la discussion.

Far West

L’un des motards fait sortir son arme et tire sur eux. Deux gendarmes sont touchés et perdent la vie. Le troisième réussi à se mettre à l’abri. L’assaillant avance sur le poste de la gendarmerie et voit le guide des gendarmes, un civil du village. Il tire sur lui et le blesse mortellement avant de revenir à son binôme qui l’attendait sur la moto. Les deux assaillants disparaissent dans l’obscurité de la nuit.

Dans le village, tout le monde pensait à une nouvelle attaque djihadiste. Onze militaires maliens avaient déjà été tués le 5 mars dans la même localité, lors d’une attaque revendiquée par le “Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans”, une nouvelle formation djihadiste issue de la fusion entre plusieurs groupes du Sahel, notamment ceux du Malien Iyad Ag Ghaly et de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar. Mais un jour après cette nouvelle attaque, à Boulikéssi, les responsables du villages commencent à suspecter les villageois. « Cette partie du pays est comme un Far West, beaucoup de civiles sont armés, et n’importe qui peut faire n’importe quoi dans en cette période de crise », nous confie un notable du village. Selon plusieurs témoignages, les gendarmes agacent la population et se sont fait beaucoup d’ennemies à Boulikéssi.

Risques

« Les gendarmes rackettaient les villageois et il y a des chances que ça soit des villageois qui sont à l’origine de cette attaque et non pas des djihadistes », dit une sécuritaire de la région.  Depuis l’attaque djihadiste du 5 mars, les soldats maliens ont installé leur base à un kilomètre à l’extérieur du village et surveillent les entrées et sorties du village. « Pendant toute la nuit, personnes n’est rentrée et personne n’est sortie du village », nous confie un officier malien qui a pu rentrer en contact avec les soldats sur le terrain.

Cette nouvelle attaque contre les gendarmes maliens au cœur du village de Boulikéssi risque d’amplifier la méfiance entre les populations et les forces de l’ordre et de défense en zone peulh, mais aussi les exactions contre les civiles.

Nord Sud Journal    

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