ONU : l’Allemagne veut que la France cède son siège au Conseil de sécurité

Pour relancer l’Europe, Olaf Scholz, vice-chancelier et ministre des Finances d’Angela Merkel, propose de mutualiser le siège de la France au Conseil de sécurité.

Toute embourbée dans sa crise politique, l’Allemagne a d’autres chats à fouetter ces temps-ci. L’Europe n’est pas la priorité du gouvernement vacillant d’Angela Merkel et c’est précisément ce qu’on lui reproche. Depuis des mois, le manque d’énergie de Berlin à relancer le projet européen est la cible de bien des critiques. 

Emmanuel Macron en particulier attend toujours une réponse ferme à ses propositions de donner un nouveau souffle au projet commun. Dans son discours devant le Bundestag le 18 novembre, le président français avait enjoint aux députés allemands de sortir de leur « immobilisme ». C’est chose faite.

C’est Olaf Scholz, vice-chancelier et ministre des Finances social-démocrate de la Grande Coalition, qui prend les devants. Dans un discours sur l’avenir de l’Europe prononcé mercredi à l’université Humboldt de Berlin, il met sur la table une proposition qui risque de donner du fil à retordre à Paris : il suggère que la France renonce à son statut de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU au profit de l’Union européenne. Olaf Scholz propose de mutualiser le siège de la France pour le transformer en un siège commun à tous les pays de l’Union.

L’UE obtiendrait dans la foulée le droit de veto dont jouissent les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. En contrepartie, le poste de chef de la délégation de l’UE auprès des Nations unies reviendrait en permanence à un Français. « L’Europe doit devenir plus politique, a plaidé Olaf Scholz, plus forte, pour être prise au sérieux par les citoyennes et les citoyens de l’Union, mais aussi par les autres États. » Olaf Scholz déplore que l’intégration européenne ait été réduite jusqu’à présent à la création d’un grand marché européen.

C’est sans doute, selon lui, une des raisons qui explique que « malgré un soutien toujours massif à l’Union européenne, le nombre des sceptiques et des critiques populistes augmente ». Davantage de coopération en matière de politique étrangère et de défense. Une Europe qui doit se donner les moyens de parler et d’agir d’une seule voix « si elle veut être prise au sérieux »…, voilà un état d’esprit qui devrait plaire à Paris. La proposition d’Olaf Scholz renvoie la balle dans le camp français.

Un coup d’épée dans l’eau ?

Cependant, à Berlin, personne n’est dupe. On sait que cette idée ne risque pas d’enthousiasmer les Français et qu’il ne sera pas facile de la mettre en pratique. Olaf Scholz a d’ailleurs pris des précautions verbales : « Je suis parfaitement conscient que nous avons un grand travail de persuasion à faire pour convaincre Paris », a-t-il ajouté avec la réserve habituelle des Allemands du Nord. La réponse de Paris jeudi n’a donc pas été une surprise pour Berlin.

Dans son point de presse quotidien, le porte-parole du Quai d’Orsay a rappelé que la France participe « activement avec l’Allemagne et les autres États membres à la coordination de la position de l’Union », rappelant que la France est « favorable à l’élargissement du Conseil de sécurité et à une révision de la Charte des Nations unies pour faire entrer comme membres permanents l’Allemagne, mais aussi le Japon, le Brésil, l’Inde ainsi que deux pays africains ». Pas question donc d’envisager la proposition d’Olaf Scholz.

L’idée de renforcer la voix de l’Europe aux Nations unies n’est pas neuve. Elle a germé en Allemagne depuis quelque temps déjà. Pas plus tard que la semaine dernière, Heiko Maas, le ministre social-démocrate des Affaires étrangères, était allé dans le même sens que son collègue.

 « Nous voulons renforcer la voix de l’Union européenne à New York », a-t-il déclaré. Angela Merkel aussi a fait savoir au mois de juin qu’elle est très favorable à une européanisation des sièges non permanents au Conseil de sécurité de l’ONU de façon que les pays qui en ont un puissent parler au nom de tous les autres. À partir de janvier prochain, l’Allemagne a obtenu pour une période de deux ans l’un des dix sièges de membre non permanent.

Lepoint

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