QATAR-MAURITANIE L’émir al-Thani fait les yeux doux à Nouakchott

Alors que Mohamed Ould Abdel Aziz avait violemment rompu ses relations diplomatiques avec Doha en juin 2017, l’émirat gazier tente de profiter de l’arrivée de Mohamed Ould Ghazouani pour opérer un retour en Mauritanie.

Le 24 septembre, c’est une rencontre aussi imprévue que discrète qui s’est déroulée dans les couloirs feutrés des Nations unies, à New York, entre Mohamed Ould Ghazouani et l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad al-Thani. Venu participer à la 74e session de l’assemblée générale de l’ONU, le souverain qatari a profité de cette brève entrevue pour inviter le président mauritanien à Doha.

Cette rencontre inédite intervient alors que le ministre des affaires étrangères du Qatar, Mohammed bin Abdulrahman al-Thani, a fait de la normalisation des relations diplomatiques de l’émirat avec la Mauritanie une de ses priorités en Afrique. Une véritable gageure car l’Arabie Saoudite, rival régional de Doha, reste le principal bailleur de la Mauritanie, loin devant les institutions internationales. En quarante ans, le Fonds saoudien de développement a prêté près de 2 milliards de riyals (500 millions €) à Nouakchott, dont 506 millions de riyals (120 millions €) en 2017, une somme équivalente à l’en-cours des projets de la Banque mondiale en Mauritanie.

Signe de la solidité des liens saoudo-mauritaniens : en juin 2017, Mohamed Ould Abdel Aziz avait été un des premiers chefs d’Etat africains à rompre violemment ses relations diplomatiques avec Doha. Proche du prince héritier des Emirats arabes unis, Mohamed bin Zayed al- Nahyan (MbZ), deuxième bailleur du pays, l’ancien président avait même Si Doha fait le forcing, l’administration Ghazouani temporise. Toute ouverture vis-à-vis de Doha mettrait en danger les lignes de crédit saoudiennes et émiraties, qui maintiennent le pays à flot. En outre, un tel virage diplomatique aurait des incidences lourdes sur l’équilibre gouvernemental qui prévaut à Nouakchott. Plusieurs proches de l’ancien président Aziz restent ainsi violemment opposés à des discussions avec Doha, à l’instar du ministre des affaires étrangères, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed. Ex-envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen de 2015 à 2018, ce fidèle parmi les fidèles de l’ancien chef de l’Etat mauritanien reste le principal relais de Riyad à Nouakchott. Un rapproche- ment avec l’émirat pourrait ainsi faire voler en éclats le subtil équilibre gouvernemental entre pro-Aziz et intimes du nouveau président un temps envisagé de s’établir entre Nouakchott et Abou Dhabi avant de finalement opter pour Londres.

La diplomatie africaine de Doha bénéficie des conseils du Mauritanien Moustapha Limam Chafi, très proche de plusieurs chefs d’Etat africains tels Blaise Compaoré, Alassane Ouattara ou encore Alpha Condé, mais en disgrâce dans son pays d’origine. Voyageant entre Rabat, Abidjan et Doha, Chafi a ouvert divers canaux avec l’administration Ghazouani ces dernières semaines et rêve d’un retour dans son pays natal, pour l’instant hypothétique. Néanmoins, pour la première fois depuis plusieurs années, sa femme et ses enfants ont pu se rendre en Mauritanie cet été.

Depuis plusieurs mois, le Qatar cherche à multiplier les initiatives au Sahel. L’émirat a notamment livré une vingtaine de blindés légers au Mali et au Burkina Faso et souhaite se positionner sur plusieurs projets d’infrastructures au Tchad.

LC

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