Restitution des biens culturels africains en France. Samuel Sidibé, Directeur du musée national : « Il faut se méfier, il reste beaucoup de questions à clarifier »

Le 23 novembre dernier, un rapport sur la restitution des biens culturels africains en France a été remis au Président Emmanuel Macron. Si la nouvelle est qualifiée de « petite révolution dans le monde de la culture », certains acteurs se méfient.

Il y a encore beaucoup de questions autour du rapport, car les catégories de biens que la France veut restituer ne sont pas clairement définies. Nous ne savons pas quels genres d’objets que la France va faire retourner en Afrique. Est-ce que le retour de ces objets est bien pour les pays africains, qui n’ont pas été consultés pendant l’élaboration du rapport ? », dit Samuel Sidibé, Directeur du musée national du Mali à Nord sud journal. Les deux auteurs du rapport, Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, expliquent avoir été missionnés pour réfléchir à des « restitutions définitives » ou « temporaires ». Mais, selon eux, la notion de « restitution temporaire » est ambiguë. Cette formulation, disent-ils, ouvre la porte à des débats d’interprétation.

Les objets qui pourraient être restitués

Ce rapport « explore et défend le chemin qui mène aux restitutions permanentes ». D’après Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, 90 000 objets provenant d’Afrique subsaharienne se trouvent actuellement dans des collections publiques françaises, dont 70 000 au Musée du Quai Branly Jacques Chirac de Paris. Les 20 000 autres sont réparties dans d’autres musées ou villes portuaires françaises (Cherbourg, Le Havre, La Rochelle, Bordeaux, Nantes, Marseille). Évidemment, il est encore trop tôt pour déterminer combien d’œuvres seront rendues à leurs pays d’origine. Néanmoins, pour les auteurs du rapport, ces restitutions pourraient concerner quatre types d’objets : ceux saisis dans le cadre d’agressions militaires, à condition que leur acquisition soit antérieure à l’adoption en 1899 des premières conventions de La Haye codifiant les lois de la guerre, ceux réquisitionnés durant la période coloniale (1885 – 1960) par des militaires, des administrateurs ou leurs descendants, ceux pris ou achetés de force lors des grandes expéditions scientifiques françaises en Afrique au 20ème siècle et les objets acquis illégalement après les indépendances, notamment par le biais de trafics. La majorité des objets africains se trouvant actuellement dans les collections publiques françaises ont été acquis durant la période coloniale.

Débat ouvert

Le rapport mentionne aussi des objets provenant de pays n’ayant pas été colonisés par la France : le Ghana, le Nigeria ou encore l’Éthiopie. « Nous sommes d’avis que ce patrimoine culturel reçoive la même attention et bénéficie de la même importance dans le processus de restitution que les objets provenant des anciennes colonies françaises », expliquent Bénédicte Savoy et Felwine Sarr. « C’est qui est bien avec cette nouvelle, c’est que ce rapport a ouvert le débat sur les patrimoines culturels des pays africains en France. Mais les Africains doivent faire attention et ne pas être trop optimistes », ajoute Samuel Sidibé. Le chef de l’État français avait annoncé le 28 novembre 2017 à Ouagadougou la mise en œuvre dans un délai de 5 ans de restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain, reconnaissant l’anomalie que constitue sa quasi-absence en Afrique subsaharienne. Selon les experts, 85 à 90% du patrimoine africain serait hors du continent.

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