Sadio Mané : Victime du fair-play des siens

Alors que nombre d’observateurs s’attendaient à voir Sadio Mané remporter cette année le Ballon d’Or, c’est finalement Lionel Messi qui l’a emporté. La faute aux jurés africains qui ne lui ont pas apporté leurs votes ?

Le 2 décembre, pour la sixième fois, c’est l’Argentin Lionel Messi, désigné par un panel mondial de 208 journalistes, qui a remporté le Ballon d’or France Football. Depuis que la compétition s’est élargie aux joueurs du monde entier, en 1995, un seul Africain est parvenu à décrocher le trophée ou même à monter sur le podium : le Libérien George Weah. Nombreux sont ceux qui avaient parié qu’il en serait autrement cette année.

Vainqueur de la Ligue des champions avec son club de Liverpool et finaliste de la Coupe d’Afrique des nations 2019 avec l’équipe du Sénégal, l’attaquant Sadio Mané figurait parmi les favoris et aurait pu – ou aurait dû – prétendre au minimum au top 3. Las : il s’est classé quatrième. Et il y a pire : il a récolté, avec l’autre candidat africain, Salah, à peine un tiers des voix du continent.

Pourtant, si les jurés sont censés choisir en fonction de critères uniquement sportifs, ils favorisent souvent les candidats issus de leur aire géographique lorsque ceux-ci sont en bonne place. Messi et Van Dijk sont ainsi arrivés chacun premier en Amérique du Sud et en Europe, leurs régions d’origine respectives.

N’y a-t-il donc pas là comme une anomalie ? Sadio Mané semble avoir fait les frais d’une certaine théorie universaliste qui suppose qu’il existe une unicité fondamentale du genre humain, par-delà les différences biologiques et culturelles, et qu’il suffit d’être juste, équitable.

Critères disqualifiant

En d’autres termes, parce que la race humaine est une, nul ne devrait se laisser influencer par la couleur de peau, la langue, l’appartenance à une même nation, à une même aire géographique… C’est un leurre.

Dans le contexte du choix du Ballon d’or, cela supposerait que les journalistes qui participent au vote soient dénués de sentiments et de passion. Il n’en est rien, les jurés du reste du monde l’ont bien prouvé : ils ont fait parler leur affect tandis que les Africains ont, eux, placé leur idéologie avant leurs intérêts, lésant ainsi les prétendants de leurs pays.

Il est grand temps de sortir de la bien-pensante qu’impose cette théorie universaliste. En particulier quand on sait que des critères disqualifiant pour des joueurs africains – tel le prestige de la formation dans laquelle ils évoluent – président au choix du Ballon d’or.

Mané, Salah et d’autres footballeurs du continent auront sûrement l’occasion de concourir à nouveau pour cette distinction dans les prochaines années. Aux journalistes africains de les y aider en allumant les contre-feux et en tirant les leçons de cette dernière édition.

Jeuneafrique

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