Sahel : la France face au terrorisme, des centaines de djihadistes tués

Les succès militaires remportés ces derniers mois au Sahel par les troupes françaises permettent à Paris d’afficher un optimisme prudent, mais le bilan de sept années d’opérations en témoigne: les victoires tactiques ne suffisent pas à sortir durablement cette région de l’ornière.

Alors que les groupes armés avaient pris l’avantage en 2019 en multipliant les attaques contre des bases militaires maliennes et nigériennes, les soldats de la force antijihadiste française Barkhane, forts de 600 hommes supplémentaires – plus de 5000 au total – ont inversé la tendance avec leurs partenaires.

D’abord contre les groupes liés à l’organisation État islamique, rassemblés par Paris sous le vocable État islamique au grand Sahara (EIGS). Désigné au sommet France – Sahel de Pau (sud de la France) comme l’ennemi numéro un en janvier, l’EIGS a depuis subi de lourdes pertes dans la zone des «trois frontières», aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso.
Ensuite dans le centre et le nord du Mali, où les forces spéciales françaises, aiguillées par un drone américain, ont tué début juin le leader d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l’Algérien Abdelmalek Droukdal.

«On a inversé le principe d’incertitude. C’est nous qui sommes imprévisibles pour les groupes terroristes», se félicitait juste après l’opération un haut gradé de l’état-major français. «Aujourd’hui au Sahel, la victoire est possible et c’est bien la perception qui est en train de s’installer chez nos partenaires», claironnait même un conseiller de la présidence. Mais l’optimisme parisien ne fait pas l’unanimité.

«C’est indéniable qu’il y a eu des succès tactiques» dans cette zone, estime Jean-Hervé Jezequel, chercheur à l’International Crisis Groupe (ICG). Mais il oppose un «sentiment de déjà vu» à cet auto-satisfecit. «Les Français ont déjà tenu ce discours à plusieurs reprises, notamment en 2018.»

À l’époque, s’alliant avec des groupes armés locaux, la France avait axé son action sur le nord-est malien. Résultat, «des gros succès tactiques mais un impact long terme limité voire nul. Car Barkhane a ensuite délaissé la zone pour se concentrer ailleurs et laissé le champ libre aux jihadistes qu’ils avaient chassés», analyse une source humanitaire dans la zone.

Exactions des forces locales

Les pouvoirs centraux de ces pays, parmi les plus pauvres du monde, peinent quant à eux à réinvestir les territoires fraîchement ratissés pour offrir protection, éducation, justice et services de base à des populations livrées à elles-mêmes.
Ainsi, le mantra français est invariable depuis des années: «le volet militaire n’est qu’un outil», répétait encore récemment la ministre française des Armées Florence Parly, en rappelant l’importance d’un retour des services de l’État et de l’aide au développement.

En janvier, le président Emmanuel Macron avait prévenu que «toutes les options» étaient sur la table, y compris un retrait français. Aujourd’hui, Paris continue de souligner que sa présence militaire n’a pas vocation à être éternelle, mais l’heure du départ n’a pas sonné.

La France vante une meilleure coordination avec les forces locales qui, selon l’exécutif français, ont progressé bien que toujours «fragiles». Dans les faits, ces armées sous-équipées et peu formées sont encore loin d’être autonomes. Mi-juin, dans le centre du Mali, au moins 27 soldats sont morts dans une embuscade.
«Le nombre d’attaques dans la région de l’Ouest Sahélien a augmenté de 250 % depuis 2018. Les pays partenaires restent déterminés contre le terrorisme, mais n’ont pas les moyens de contenir ni réduire la menace de façon soutenue», estime le département d’État américain dans un rapport publié mercredi.
Et les accusations d’exaction commises par les forces locales ces derniers mois plombent les efforts de la communauté internationale (outre Barkhane, les forces onusiennes de la Minusma et la force de formation des Européens EUTM). « 

Le sommet de Pau avait précisément souligné l’importance de combattre à la source le sentiment anti-français dans la région. C’est d’ailleurs en partie pour atténuer la méfiance contre l’ex-puissance coloniale que la France se démène pour mobiliser ses partenaires européens.
Paris mise ainsi beaucoup sur Takuba, un groupement de forces spéciales européennes censées accompagner les Maliens au combat. Las, après un an de tractations, seuls une centaine d’Estoniens et de Français seront déployés en son sein cet été. Quelque 60 Thèques devraient les rejoindre à l’automne ainsi que 150 Suédois en 2021. La Grèce et l’Italie continuent d’étudier le dossier.

Le Journal de Montréal

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