Selon un rapport de la diplomatie allemande, la Russie envisagerait d’établir six bases militaires en Afrique

Contrairement à l’Union soviétique, avait tissé des liens idéologiques, économiques et militaires avec plusieurs pays africains durant la Guerre Froide, la Russie s’est désintéressée de l’Afrique jusqu’à très récemment.

Son retour sur ce continent s’est notamment traduit par une forte implication en Centrafrique, avec des livraisons d’armes, l’envoi d’ »instructeurs militaires civils » [pour reprendre l’expression de la diplomatie russe] et le développement d’une stratégie d’influence, passant notamment par la diffusion, via Internet, d’articles critiquant la présence française dans ce pays en multipliant les approximations et les fausses informations.

Cités par un rapport du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie [CAPS] du ministère des Affaires étrangères et de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire [IRSEM], des travaux de Kevin Limonier, maître de conférence à l’Université Paris 8 et chercheur à l’Institut français de géopolitique et à la chaire Castex de cyberstratégie, ont ainsi insisté sur la « propagation croissante des contenus russes à travers le web africain francophone », s’expliquant par « la grande popularité des discours anti-occidentaux propagés par les grands médias internationaux russes [RT et Sputnik] auprès des opinions publiques africaines qui considèrent souvent la Russie sous le prisme de son passé soviétique anticolonial. »

En outre, en octobre, la ville de Sotchi a accueilli une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement africains dans le cadre du premier sommet « Russie/Afrique », symbolisant ainsi les ambitions russes pour le continent. Pour le centre de réflexion américain Brookings Intitution, ces dernières sont la « projection de puissance sur la scène mondiale » [les pays africains constituant « le plus grand bloc de vote aux Nations unies], l’accès « aux matières premières et aux ressources naturelles », la sécurité, associée aux « ventes d’armes ».

Ce dernier est a priori largement évoqué dans un rapport du ministère allemand des Affaires étrangères intitulé les « nouvelles ambitions de la Russie en Afrique » dont le quotidien Bild s’est fait l’écho, le 2 août.

Ainsi, selon ce document, la Russie envisagerait d’établir des bases militaires dans au moins six pays africains qu’elle considère comme étant stratégiques, dont l’Égypte, l’Érythrée, Madagascar, la République centrafricaine et le Soudan. À noter que, pour certains d’entre eux, la société militaire privée [SMP] Wagner, qui a ses entrées au Kremlin via l’homme d’affaires Evgueni Prigojine [surnommé le « cuisinier de M. Poutine »], y est déjà présente.

En 2016, le journal russe Izvestia avait parlé d’un projet consistant à louer la base aérienne de Sidi Barrani [située à seulement 80 km de la frontière libyenne].

« Les négociations sur la participation russe à la restauration de sites militaires égyptiens se trouvant sur le littoral de la Méditerranée près de Sidi Barrani se déroulent avec succès. En cas d’accord entre les deux parties, la base pourrait commencer à fonctionner dès 2019. Le Caire est prêt à accepter la présence de Moscou pour résoudre les problèmes géopolitiques prioritaires répondant également aux intérêts de la partie égyptienne », avait, à l’époque, expliqué une source anonyme au quotidien.

La base est effectivement opérationnelle… Et, en 2017, la présence de « forces spéciales » et de « drones » russes y avait été signalée. Mais elle fut démentie par Moscou et Le Caire. « Il n’y a pas d’unités des forces spéciales russes à Sidi Barrani », avait en effet assuré Moscou. Des membres de la SMP Wagner, peut-être?

En tout cas, la même année, la Russie et l’Égypte signèrent un protocole d’accord en vertu duquel les forces aériennes d l’un pourraient utiliser les bases aériennes de l’autre. Et vice versa. Et cela, à condition qu’il y ait un préavis de 5 jours.

Si elle est déjà effective en Centrafrique [en échange d’un accès aux ressources naturelles de ce pays, dont les diamants], la présence militaire russe, via la SMP Wagner [qualifiée d’ »instrument hybride russe pour exercer une influence politique, économique et militaire » dans le rapport], est également avérée au Soudan et au Mozambique, où elle vise à épauler les forces locales contre les groupes jihadistes actifs dans la province de Cabo Delgado, qui abrite de vastes gisements de gaz.

Quant à l’Érythrée, il peut susciter l’intérêt de la Russie en raison de sa proximité avec le stratégique détroit de Bab el-Mandeb [et donc, de Djibouti, pays où la France, les États-Unis, le Japon et la Chine disposent de bases]. Enfin, ces derniers mois, Moscou a cherché à accentuer son influence à Madagascar, notamment en finançant la classe politique locale. Et pour cause : la position de l’île dans l’Océan indien [carrefour de routes maritimes et de câbles sous-marin, ndlr] n’y est sans doute pas étrangère. Tout comme ses ressources en nickel, colbat et uranium.

D’après le rapport cité par Bild, les analystes allemands estiment que ces accords conclus avec Moscou permettraient aux dirigeants africains concernés de se prémunir contre d’éventuels soulèvements. En échange, la Russie pourrait compter sur leur soutien aux Nations unies.

En outre, Moscou s’attache à développer des coopérations militaires sur le continent, en particulier via des offres de formation. « Une vingtaine des soldats maliens sont entraînés en Russie chaque année », souligne le rapport.

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