Tombouctou : comment sécuriser les investissements dans les communes ?

La sécurité au Mali est préoccupante. Même si le gouvernement malien l’a qualifié un temps de résiduelle, on se rend compte chaque jour que la limite est dépassée et que la situation est vraiment inquiétante.

Il ne se passe plus de semaine sans braquages, enlèvements, attaques contre les forces armées, etc. Ce phénomène de quasi insécurité généralisée amène les autorités à réfléchir à comment sécuriser les personnes et leurs biens, mais aussi et surtout à sécuriser les investisseurs et leurs investissements afin de leur permettre de faire des réalisations sans être inquiétés. Et aussi pour faciliter le retour des réfugiés et déplacés.
Sensibilisation

Avec la rébellion, qui a obligé l’administration et les forces armées à quitter le nord en 2012, le terrain est devenu propice pour les petits bandits, avec des embuscades, des tueries et des dépouillements à longueur de journée. Nous écrivions il y a une semaine que les autorités intérimaires de Tombouctou réfléchissaient à comment mettre fin à cela. C’est dans ce cadre qu’un rendez-vous de grande envergure a réuni
le lundi 10 décembre dernier des responsables des autorités intérimaires et les groupes armés en présence dans la région, notamment la CMA, la Plateforme, la CME, le CMFPR2 et le CJA, en plus des partenaires sociaux, des entreprises et des bureaux d’étude. Les Forces armées du Mali (FAMa), la MINUSMA et la force Barkhane n’ont pas été associées à cette rencontre, car « il s’agissait d’une approche expérimentale, qui vise à sensibiliser les groupes armés sur la nécessité de favoriser la libre circulation en vue de dérouler normalement les programmes de développement dans la région, ainsi que l’accès des humanitaires et des services sociaux de base » nous a-t-on dit. Au sortir de la rencontre, les recommandations qui ont été formulées sont, entre autres, d’appuyer les bases en carburants, en vivres et en pièces de rechange pour la couverture sécuritaire des zones sous leur responsabilité et d’organiser des missions de sensibilisation et d’information à l’intention des combattants sur la nécessité de favoriser la libre circulation des personnes et des biens, en vue de promouvoir les
investissements dans la région.
Véhicules enlevés

Boubacar Mahamane Maiga, qui a dirigé les travaux à la place du Président de l’autorité intérimaire, pense que c’était l’occasion de responsabiliser les chefs de troupes et de bases. Cette rencontre, selon lui, a permis de dire aux uns et aux autres que l’on ne pourra avancer seuls mais qu’ensemble on peut aller loin. « La question de la sécurité des investisseurs et des entrepreneurs n’est pas de la seule responsabilité des autorités, mais aussi et surtout des groupes armés, car c’est quand-même sur eux et leurs populations que l’impact se fera sentir », confie-t-il. Le hic est que, dès le lendemain de cette rencontre, une voiture de OCHA se faisait encore enlever au centre ville par des hommes armées enturbannés. À la question de savoir si les instructions n’avaient pas été comprises, un membre de la société civile de Tombouctou nous confiera sous anonymat que cet énième enlèvement n’est que la résultante du non-respect des consignes de sécurité établies par les autorités. « Les consignes ne sont pas données pour rien. Si tu les outrepasses, c’est à tes risques et périls ». « L’autorité intérimaire a pris l’initiative de convoquer les chefs de bases pour prendre langue avec eux parce qu’il ne peut pas y avoir d’investissements dans l’insécurité. Cette autorité, étant l’émanation des mouvements, a plus de poids face à eux. Donc il n’y a personne de mieux indiqué que les responsables des mouvements qui sont dans ces autorités pour appeler les chefs de bases et communiquer avec eux pour au moins permettre aux entrepreneurs d’aller sur le terrain pour faire le travail pour lequel ils sont payés ». « Cela permettra d’équiper les camps et de faire des forages afin que les réfugiés puissent revenir. C’est une chaine. Les autorités intérimaires doivent faire revenir les réfugiés et pour que ceux-ci reviennent il faut aménager les camps, faire des forages, des écoles, etc. Ces réalisations, ce sont les entrepreneurs qui les font. S’ils ne sont pas sécurité, comment vont-ils faire ? Les groupes armés vivent dans/ou à côté des communes, la sécurisation de ces communes leur revient. Cela permettra aux réfugiés qui sont d’ailleurs leurs parents de revenir », dit Baba Moulaye, de la société civile de Tombouctou.

Youssouf AG Ibrahim

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