[TRIBUNE] Mali : Ecrivain sans patrie par Ousmane Diarra, écrivain

Mali, les racines du mal, Ousmane Diarra

Il paraît que les poètes, je ne saurais dire par qui, ont été maudits jusqu’aux derniers ! Mais, nom de ma plume, pourquoi les écrivains maliens finissent-ils toujours de la même vilaine façon ? Fily Dabo Sissoko, poète, romancier, nouvelliste, seul dans le désert malien des Tartares ! Sans sépulture ! Massa Makan Diabaté…

Yambo Ouologuem. Réhabilité après sa mort, le premier lauréat africain du prestigieux PRIX RENAUDOT, il avait sombré dans un mépris souverain de toute chose de l’esprit, après avoir été accusé de plagiat !

Le romancier Moussa Konaté, directeur du festival Étonnants Voyageurs, à Bamako, s’en est allé, lui aussi,en 2013, seul et immense dans sa solitude absolue. Et Albékaye Ousmane Kounta, le grand poète soufi ! Durant toute sa vie, il a chanté l’amour, la paix, l’entente. Comme l’immortel Ali Farka Touré, il a chanté nos fleuves, nos collines nos dunes…notre âme profonde

Thierno Ahmed Thiam fut l’une des plus belles plumes mais aussi des plus belle voix du Mali. Qui ne se souvient-il pas de son inimitable voix à la radio, à la télé ! Car, en plus de sa plume, il était aussi un éminent journaliste-animateur. Thierno n’a pas la chance de déployer son immense talent d’écrivain. Où sont d’ailleurs partis les textes des superbes nouvelles de Maupassant malien

Aujourd’hui décédé, lui aussi, un ancien ministre et non moins écrivain me confiait, il y a quelques années de cela, que le seul prétexte qu’on avait trouvé pour le limoger de son poste fut d’avoir publié son roman !Explication : s’il a eu le temps d’écrire un roman, alors qu’il était ministre,c’est qu’il ne foutait rien au bureau !

Un ancien haut fonctionnaire du ministère de la Culture m’a également confié qu’à la sortie de son roman, on l’a privé… même de bureau ! Et comme il ne pouvait pas passer la journée à boire du thé avec les gardiens, il venait faire acte de présence avant de rentrer chez lui. Ceci continue jusqu’à son départ à la retraite.

À la sortie de « Pagne de femme » (Gallimard, 2007), mon oncle, alors âgé de soixante-quinze ans, m’a convoqué pour me demander si c’était vrai que dans mon livre, « je nous vendais aux Blancs ! » Je me suis contenté de lui répondre que « j’écris pour n’être complice de personne ! »

Non, je ne suis le buveur de fond de verre de personne. Mais comme l’a dit le grand Massa Makan Diabaté: « Pour que la lumière soit, il faut que certains acceptent de brûler ! » On ne peut mieux dire la condition de l’écrivain malien.

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