[TRIBUNE] Mali : religion ou invasion ? Par Ousmane Diarra, écrivain

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L’Islam aurait fait son entrée au Mali entre le VIIIe et le IXe siècle. Il est resté pendant longtemps un phénomène urbain, lié au commerce, aux affaires. Jusqu’à entre les deux guerres mondiales, 80 % de la population, essentiellement composée de ruraux, restait attachés aux religions traditionnelles, malgré les pèlerinages de Kankou Moussa, d’Askia Mohammed de l’empire de Gao, les chevauchées sanglantes d’El Hadj Oumar Tall et… j’en oublie.

Les choses ont commencé à changer avec le développement des grands centres urbains et se sont accélérées avec la perte de l’autonomie économique chez les paysans et les éleveurs, perte due au terrible cycle de sécheresse des années 1970. Lequel a provoqué un exode massif des ruraux vers les centres urbains et l’étranger. Au sud du pays vers la Côte d’Ivoire notamment et au nord vers la Libye… Certains oulémas bien connus ont profité de cette catastrophe naturelle pour procéder à la destruction des objets de culte traditionnel et à la conversion presque forcée des contrées qui échappaient encore à l’emprise totale de l’Islam. Et cela, sous le regard bienveillant, voire complice, des autorités administratives.

Débats d’idées ont fait place aux prêches

Mais, tant que l’État gardait la mainmise sur l’éducation, il nous restait une chance d’échapper à l’invasion. Tout bascula à partir des années 1980, quand des ajustements structurels aberrants furent imposés au Mali par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale : licenciements massifs d’enseignants, avec pour corollaire le délabrement de l’éducation laïque et obligatoire. Une aubaine pour les marchands d’illusions. Écoles religieuses et mosquées ont jailli partout, dans les villages et les villes. Les débats d’idées ont fait place aux prêches véhéments. Déjà bouc émissaire à cause de son passé colonial, l’Occident est devenu le diable !

Les jeunes prêcheurs issus du nouveau système, « la tête au VIIe siècle et le ventre au XXIe », jurèrent d’éradiquer tout ce qui nous restait de traditions : chants, épopées, sont prohibés ou vidés de leur sens au profit de l’islamisme. Dire « bonjour » dans nos langues est devenu haram, prohibé, et conduit en enfer. Il faut dire « salam alékoum » ! Et le dire exactement comme on le prononce dans les Arabies : « As-shualaa malékoum ! » La colonisation de nos consciences.

Par Ousmane Diarra, écrivain

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